Histoire de la famille HAÏK

 

 

Un certain nombre de langoëlanais ont souhaité que je leur raconte l’histoire de la famille HAÏK.

 

J’ai accepté de m’atteler à cette tâche …. tout en souhaitant un peu d’indulgence pour le manque de précisions concernant certains évènements.

 

D’emblée, je dirais que je porte sur la famille HAÏK un regard positif voire affectueux. Mon respect vis-à-vis de cette famille est, en effet, sans nuance parce qu’à mes yeux elle est sans reproche.

 

Son histoire est celle, toute simple, d’un homme riche qui épouse une jeune femme de condition modeste. Il s’agit d’une sorte de saga où pendant une dizaine d’années tout se déroule comme dans les contes merveilleux mais sans clinquant ni ostentation.

 

Selon moi, à Langoëlan, le souci permanent d’Albert HAÏK était de faire plaisir à Marie Louise qui, de son coté, en bonne langoëlanaise, heureuse de son sort, communiquait sa joie de vivre à ses compatriotes par des sourires, dont elle n’était jamais avare, ou par de petites ou grandes attentions toujours dispensées avec délicatesse.

 

Tout d’abord, j’aimerais m’expliquer sur la confusion faite parfois au sujet des deux frères HAÏK, Albert et Jacques.

 

Jacques, le plus jeune, était un producteur de l’industrie cinématographique, un précurseur dans la diffusion en France des premiers films muets dont ceux de Charlie Chaplin. Il possédait plusieurs grands cinémas parisiens dont le REX et l’OLYMPIA appelé aussi OLYMPIA Jacques Haïk et vendu plus tard à Bruno COQUATRIX pour en faire le grand music-hall connu de tous.

 

Albert, parisien et langoëlanais - il était conseiller municipal - habitait le 16ème arrondissement de Paris et exerçait la profession d’entrepreneur de travaux publics. Il épousa Marie Louise Le NOUVEAU, son employée originaire de Langoëlan. Très rapidement, l’idée de construire une belle demeure avec de beaux jardins germa dans la tête des jeunes époux. Ce projet, selon eux, ne pouvait se réaliser qu’à Langoëlan. Les travaux furent entrepris tambour battant près de Pontigo, à proximité d’une petite ferme disparue depuis.

 

Marie Louise, disait on, tenait beaucoup à la construction d’une tourelle ; l’ensemble terminé prit ainsi l’aspect d’une demeure mauresque mais l’honneur celte fut sauf grâce à la suggestion de Marie Louise de la dénommer « Maner-Bihan ». En réalité, dès la première année, tout le monde l’appela « château HAÏK ».

 

Je me souviens, assez bien, des arbres de Noël que la famille HAÏK offrait aux enfants de la commune dont j’étais. Le sapin était dressé dans une grange de la ferme et les illuminations, bien que sommaires, étaient pour nous un véritable enchantement.

 

C’était une fête magique dont on parlait beaucoup. Au premier jour de l’An, nous allions souhaiter la « bonne année » à Madame HAÏK qui, sans chichi, nous recevait gentiment, tout en s’amusant de nos manières, un peu rustres, de nous présenter. Nous savions que la moisson serait bonne, les quelques pièces ainsi récoltées venaient grossir le magot d’un jour pour notre plus grande joie.

 

Je me souviens aussi que Jacques HAÏK, à l’époque conseiller municipal et qui, disait on, aspirait à devenir maire, voulut aménager à ses frais une piscine sur le Scorff dans une prairie de sa ferme. Les travaux débutèrent quelques années avant la guerre mais ne furent jamais achevés ; quelle en fût la raison ? peut être un manque d’eau en période estivale ou plus probablement des difficultés d’ordre administratif. Alors même que le lit de la rivière fut passablement élargi, le projet fut définitivement abandonné.

 

Face à cet échec, Albert et Marie Louise se ressaisirent et firent deux dons à la paroisse : une crèche de Noël et un trône pour le chœur de l’église.

 

La crèche, l’une des plus belles de France, disait on à l’époque, fait toujours l’admiration des enfants et, plus largement, des visiteurs de notre église. Sans chercher à savoir si ce compliment d’autrefois était justifié, n’hésitons pas à dire que ce cadeau honora la famille HAÏK qui, du surcroît, ne s’en tint pas à cette seule offrande puisqu’elle y ajouta une autre, non moins sublime, puisqu’il s’agit du trône situé, encore de nos jours, dans le chœur. Capitonné avec art et surmonté d’un dais comme dans les processions d’autrefois, il donne au prêtre officiant comme un air pontifical qui peut surprendre dans une petite église comme la notre mais qui fait, à juste titre, la fierté des langoëlanais et qui témoigne, ô combien, du grand cœur des généreux donateurs.

 

Je m’aperçois que dans cette évocation je ne vous ai pas parlé des demoiselles HAÏK, Alice et Claire communément appelée Cron. Ces charmantes jeunes filles étaient très appréciées dans la commune. Guillerettes et affriolantes à souhait, sans manières, elles copinaient volontiers avec les jeunes langoëlanais de leur âge qui n’étaient pas peu fiers de se promener en compagnie d’aussi sémillantes demoiselles …. fleurant bon la vanille et le réséda. A mon avis, Madame HAÏK devait apprécier cette spontanéité et la simplicité de ses filles lors de leur séjour au pays.

 

Dans cette évocation, j’ajoute avec émotion le nom de Marie LE BELLER. Elle fut en effet, dans sa prime jeunesse, l’employée de Madame HAÏK. Marie me parlait souvent de Madame HAÏK, de Cron et d’Alice. Elle gardait de son passage dans cette famille un excellent souvenir, renforcé par l’amitié qui la liait à Alice et Cron.

 

Pour compléter l’histoire du château, il convient de ne pas occulter les quatre années de guerre durant lesquelles la famille HAÏK fut absente de Langoëlan. Celle-ci se réfugia en Tunisie. Pendant cette période, Baptiste MORANDINI entretint au mieux la serre ainsi que les jardins.

 

C’est durant cette période, en1942 ou 1943, qu’une pièce de théâtre fut jouée sur le terrain de tennis par une troupe constituée de quelques jeunes du bourg dont Suzanne RIVALAN, la boulangère, et Annette Le CORRE. La pièce, intitulée « ces dames au chapeau vert », eut un succès dont le retentissement dépassa les limites de la commune.

 

Quant au château, inoccupé pendant ces quatre années de guerre, malgré les soins diligents dont on l’entoura, il subît les épreuves du temps. Notons cependant, à son sujet, que lors de l’occupation par l’armée allemande à Langoëlan, l’officier qui commandait la garnison y élut domicile mais préféra désigner le château de Marie Le COREE pour y installer la Kommandantur.

 

Après la guerre, le château de « Maner-Bihan » fit l’objet de travaux d’entretien ; Albert HAÏK changea d’orientation professionnelle tout en continuant à se partager entre Paris et Langoëlan où sa présence se fit de plus en plus discrète.

 

A Paris, il fit l’acquisition d’un magasin de meubles d’art et d’antiquités, rue du Faubourg Saint Honoré … à deux pas de l’Elysée. Joseph GUILLEMOT y fut son gérant. Plus tard, il exploita une carrière près d’Hennebont, Joseph GUILLEMOT fut toujours son homme de confiance.

 

Le décès des époux HAÏK, quelques années plus tard, marqua la fin d’une époque … une époque où Langoëlan fleurta avec Paris…. une époque où il faisait bon vivre !

 

Nota :

 

Début 2012, un long métrage, intitulé « la Bobine » sera diffusé à la télévision. Ce film retracera la vie et l’œuvre de Jacques HAÏK ; certaines séquences ayant été tournées à Langoëlan, il y sera aussi question d’Albert HAÏK et du château. La productrice, Elisabeth FEYTIT m’a récemment confié que ce film sera également projeté au cinéma Saint ROCH de Guémené.

 

Pour terminer, je vous livre une petite anecdote au sujet du dernier jardinier qui s’occupa de la propriété de la famille HAÏK à Langoëlan. Il s’agit de Joseph Le BOURLAIS, langoëlanais qui fit son apprentissage à l’orphelinat Saint MICHEL. Après la vente du château, il gagna la région parisienne et devint le jardinier attitré de la grande comédienne et actrice Elvire POPESCO, qui, en guise d’encouragement et de remerciements, lui accorda un précieux privilège : tous les samedis soir, en effet, Joseph pouvait prendre place à la droite du chauffeur d’Elvire, dès la sortie du théâtre où la comédienne s’était produite. Il était ainsi reconduit à son domicile, sans bourse délier, et en compagnie de l’une des plus grandes comédiennes de l’époque.

 

H. GUILLEMOTO